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2 échecs majeurs du gouverment bruxellois: chômage et logement

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Le gouvernement bruxellois a échoué en matière de logement et de chômage

Le gouvernement bruxellois a échoué en matière de logement et de chômage

En cette fin de législature régionale, l’hebdomadaire flamand Brussel Deze Week établit le bulletin (2004-2009) du gouvernement bruxellois sortant (PSCDHEcoloSP.AOpenVLDCD&V)

Dès sa mise en place en 2004, le gouvernement bruxellois a voulu s’attaquer au chômage et à la crise du logement. Sur ces deux principaux défis, il a échoué. Mais le gouvernement a quand même réussi à maintenir une certaine cohérence entre les partis qui composent la majorité, ce qui peut être interprété comme un soulagement par rapport aux précédents gouvernements bruxellois.

Dans l’opposition jusqu’en 2004, le CDH (parti centriste francophone) avait vivement critiqué le gouvernement parce que le parti estimait que trop peu avait été fait par le pouvoir exécutif pour aider la presque centaine de milliers de chômeurs que compte la région bruxelloise ou pour stimuler l’économie régionale. Le sujet était tellement devenu un enjeu électoral que le CDH avait demandé – et obtenu – les portefeuilles de l’Emploi et de l’Economie. Le ministre-président Charles Picqué (PS, parti socialiste francophone ) et le ministre de l’Emploi Benoît Cerexhe (CDH) se sont mis au travail pour mettre sur pied un ambitieux Contrat pour l’économie et le travail. Quatre ans plus tard, le résultat est très maigre à voir. Le nombre de chômeurs à Bruxelles reste toujours effroyablement élevé (92.936 !) et il n’est pas vraiment question de voir se chiffre diminuer au cours des prochaines années. 

Benoît Cerexhe a certes quelques petites pierres positives à son édifice. Grâce à un accord avec le VDAB [Office flamand de l’emploi et de la formation professionnelle], quelque 2.000 chômeurs se sont déclarés prêts à trouver du travail en Flandre. Cerexhe a renommé l’ORBEM en Actiris en créant de nombreux points d’ancrage dans les collectivités locales. Il reste à voir si ce changement pourra provoquer un retournement de situation sur le marché du travail bruxellois actuellement en état de léthargie avancée. Le grand patron d’Actiris et apparatchik PS Eddy Courtheoux devait, en principe, prendre sa retraite mais le gouvermenent lui a demandé d’occuper son mandat jusqu’à la fin de l’année. Une démarche assez révélatrice du manque de volontarisme et de souplesse qui existe au gouvernement pour s’attaquer à ce problème. Il ne reste plus qu’à espérer qu’une nouvelle tête rafraîchissante débarque à la tête d’Actiris en 2010 pour faire mieux en tentant de réinsérer les chômeurs sur le marché du travail.

Dans le domaine des logements, les ambitions étaient également très grandes mais le résultat en fin de législature se révèle très mauvais. Après le boom du marché immobilier au début des années 2000, le prix des logements en ville est devenu extrêmement coûteux. La secrétaire au Logement Françoise Dupuis (PS) a reçu des budgets énormes pour créer 5.000 nouveaux logements sociaux à des prix abordables mais 5 années n’ont pas suffi pour réaliser cet objectif. Les terrains étaient rares à trouver. L’annonce des projets de construction a provoqué dans de nombreux domaines des protestations de la part des collectivités locales. Il y a seulement une poignée de maisons qui ont été construites dans la localité de Heembeek et plusieurs centaines de maisons sont toujours cours. Malgré ce constat, Dupuis persiste à dire que 4.600 des 5.000 habitations peuvent bel et bien être « identifiées ».

Françoise Dupuis avait également le portefeuille de l’Aménagement du territoire mais elle a surtout utilisé ce portefeuille clé pour bloquer les dossiers des autres membres du gouvernement. Ainsi sur la Place Vanderkinderen à Uccle, un nouvel arrêt de tram plus confortable était prévu pour répondre à un besoin sur cette importante jonction. Pour réaliser cela, il fallait faire disparaître des arbres et un parc de stationnement. Dupuis, qui habite à proximité de cet endroit, a refusé de délivrer une licence pour ces travaux.

La question de la mobilité a pris énormément d’importance durant cette législature. Le ministre Pascal Smet (SP.A, parti socialiste flamand) avait voulu faire de Bruxelles une « ville-vélo », mais il admet aujourd’hui qu’une période de 5 années est trop court pour réaliser cet objectif. Il n’empêche qu’en matière d’infrastructure beaucoup a été fait pour les vélos dans cette « ville à voitures » qu’est Bruxelles : doublement du nombre de pistes cyclables, parking à bicyclette sur l’ensemble des 400 carrefours régionaux, … Les effets de cette politique sont également visibles dans les rues puisque le nombre de cyclistes a augmenté de manière spectaculaire au cours des 5 dernières années. 

Plan Lumière

Pascal Smet a également voulu montrer, à travers la reconstruction de l’espace public, qu’un autre style de ville ayant une allure internationale était possible. Avec son Plan Lumière et une nouvelle Place Flagey totalement rénovée, il a marqué un certain changement mais dans les autres cas, le ministre n’en est resté qu’aux belles paroles. Ainsi, les plans pour la rénovation de la Place Rogier sont prêts mais son exécution reste encore en attente. Une ligne de métro pour l’université flamande libre de Bruxelles (VUB)? La construction n’a même pas encore commencé. Sans parler de son projet de piscine à ciel ouvert … Pascal Smet aura peut-être le plus marqué la législature passée comme le ministre ayant voulu remettre les municipalistes à leur place. Il a par exemple longtemps plaidé pour la création d’une agence régionale pour la gestion du parking.

Pour Ecolo Bruxelles, cette dernière législature régionale a signifié une nouvelle opportunité après le mauvais épisode de participation au gouvernement fédéral Verhofstadt I aboutissant à une double sortie par démission. La ministre Evelyne Huytebroeck (Ecolo, parti environnementaliste francophone) a reçu le portefeuille de l’Environnement sous Picqué III et est restée très prudente malgré quelques incertitudes. Progressivement, elle a gagné de l’assurance en elle et elle a réussi, comme seule ministre verte, à marquer des points sur les questions environnementales. Elle a en particulier travaillé sur le dossier énergétique parce qu’il y avait beaucoup de choses en jeu: mettre en place la libéralisation de l’énergie tout en pilotant la lutte contre les émissions de CO2. Il y avait beaucoup de pain sur la planche en matière environnementale avec de nombreux logements anciens et mal isolés et de plus en plus de voitures dans les rues. La communication n’a pas vraiment été le point fort de la ministre Huytebroeck.

Le PS avait envoyé une nouvelle figure dans l’arène politique : Emir Kir (PS) qui, après avoir obtenu un score monstre depuis sa 17e place, a été nommé de manière totalement inattendue au poste de secrétaire d’Etat. Kir n’a pas vraiment marqué cette législature à l’exception de deux incidents : il a accusé un échec net il ya trois ans lorsqu’il avait pris en charge l’organisation de l’abattage pour la fête musulmane du Sacrifice et sa négation du génocide arménien le hante depuis déjà un certain temps. En matière de propreté publique, Emir Kir a surtout mis en œuvre la politique de ses prédécesseurs. La collecte des déchets est bonne dans la plupart des municipalités et désormais les déchets de jardin sont également récupérés de porte à porte. Mais la Région de Bruxelles reste, en comparaison avec la Flandre et la Wallonie, en retard sur le tri des déchets et Kir n’a pas saisi la chance d’y remédier. Le secrétaire d’Etat avait également la compétence des Monuments et Sites dans ses attributions et il n’a cessé de protéger les bâtiments et les paysages. Pour le patrimoine, il a mis en avant ses jeunes amours devant les valeurs du passé. Il a également voulu restreindre le pouvoir de la Commission royale des Monuments et des Sites afin que le pouvoir politique puisse avoir plus de choses à dire sur le patrimoine bruxellois mais il a finalement échoué, ce qui n’est peut-être pas une mauvaise chose.

Le CD&V (parti chrétien-démocrate flamand) a longtemps été le premier parti flamand à Bruxelles mais en 2004 le parti a été rétrocédé derrière le Vlaams Belang, l’Open VLD et le SP.A. Résultat : il n’y avait seulement qu’un secrétariat d’Etat pour le CD&V. C’est Brigitte Grouwels (CD&V), qui avait auparavant été ministre dans le gouvernement flamand, qui a reçu ce poste de secrétaire d’Etat avec des petites compétences comme la Fonction publique ou les Ports. Mais surtout avec le Port de Bruxelles qu’elle a réussi à faire parler d’elle dans l’actualité, un sujet tellement récurant qu’on oublierait même que Bruxelles possède le plus petit port du pays. En outre, la zone autour du port est de l’une des rares zones de croissance à Bruxelles et où il y a encore de la place pour d’autres secteurs comme les services. Grouwels a notamment attiré la société anversoise Katoen Natie vers Bruxelles, une société qui compte construire un nouveau centre logistique dans le port bruxellois. Elle a ainsi fait plus pour l’économie bruxelloise que son collègue Cerexhe.

Le gouvernement bruxellois est parvenu, l’année dernière, à se mettre d’accord sur un cadre linguistique, un accord qui préfigure le nombre de fonctionnaires néerlandophones et francophones que devrait compter les administrations publiques. Le Conseil d’Etat a rejeté ce cadre linguistique, ce qui fait que toutes les promotions sont actuellement dans une impasse. Le gouvernement bruxellois a également voulu mettre sur pied un Comité de sélection objectif pour désigner les hauts fonctionnaires (top managers) mais même ces nominations ne sont actuellement pas possibles et de nombreux postes restent dès lors toujours vacants. La question ici est de savoir si la faute en incombe ou pas à Grouwels. Beaucoup de choses ont en réalité à voir avec le système linguistique presqu’absurde qui existe dans la fonction publique à Bruxelles où tout est déterminé sur base du nombre de dossiers néerlandophones et francophones gérés par une seule et même administration.

Le budget de la région bruxelloise n’affiche pas, comme en Flandre, des excédents budgétaires. Une stricte politique de trésorerie était donc de rigueur. Le ministre Guy Vanhengel (Open VLD, parti libéral flamand) avait déjà lors de la précédente législature mis de l’ordre dans la gestion financière de la région et il peut donc maintenant profiter des avantages d’une telle politique. La taxe régionale a été réduite de moitié (passant de 179 à 89 euros) et certains droits d’enregistrements, de dons et de succession ont été réduits. Pour donner plus d’air à l’économie, le ministre Vanhengel a proposé aux communes, avec succès, de supprimer la taxe sur les ordinateurs, la région compensant le manque à gagner au niveau communal. En matière institutionnelle, Guy Vanhengel est également apparu comme le grand défenseur de la Région de Bruxelles-Capitale, ce qui n’était pas vraiment un luxe dans le dialogue communautaire assez tendu en Belgique.

Le ministre-président Charles Picqué (PS) a pu finalement pour la troisième fois en 20 ans diriger le gouvernement bruxellois. Picqué est également, au cours des 5 dernières années, resté le même avec son charme et son charisme. Il a réussi à garder uni sa coalition gouvernementale composée de 6 partis différents, nouer les relations avec l’Europe et élaborer un plan de développement international pour Bruxelles. Malheureusement, il n’a pas suffisamment rappelé à l’ordre les 19 baronnies qui composent la Région bruxelloise. Ce qui est pourtant la principale condition pour mener une puissante et ambitieuse politique métropolitaine.

(traduction de l’article original en flamand dans le cadre d’une collaboration entre la revue en ligne Parlemento.com et l’hebdomadaire Brussel Deze Week)

Written by Steven van Garsse

18/05/2009 à 3:12

Publié dans Elections, Langues

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