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Congrès sur la langue kurde parrainé par la N-VA

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Congrès kurde

L'affiche officielle du Congrès sur la langue kurde au Parlement flamand

Ce jeudi 5 et vendredi 6 novembre 2009, la commission linguistique et formation du Congrès National du Kurdistan (KNK, Kongreya Neteweyî ya Kurdistanê) a organisé un congrès de deux jours dans les locaux du Parlement flamand à Bruxelles grâce au parrainage du parti nationaliste flamand Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA). « Nous avons réuni des spécialistes et des académiciens de la langue kurde qui vont présenter leurs recherches pendant ces deux jours de congrès afin de débattre sur les spécificités et les problèmes de la langue kurde aujourd’hui« , explique Rojan Hazim, Président de la commission linguistique du KNK. « Par exemple, l’un des problèmes rencontrés par la langue kurde dans le cadre de sa normalisation est l’usage de différents alphabets (latin, arabe ou cyrillique) : les Kurdes du Sud utilisent l’alphabet arabe, les Kurdes du Nord l’alphabet latin tandis que certains groupes vivant dans les pays de l’ex-Union soviétique utilise l’alphabet cyrillique, tout cela pose un certain nombre de problème car nous cherchons à unir les différents alphabets. Il existe actuellement un large consensus pour opter pour l’alphabet latin mais cela risque évidemment de prendre un certain temps. Il existe aussi d’autres problèmes en matière d’enseignement qui découle justement de la langue mais aussi du matériel scolaire visant l’apprentissage et la promotion de la langue kurde. L’objectif de ce congrès, qui devrait se réunir tous les deux ans, est de pouvoir débattre de ces questions afin d’aboutir à la création d’un Conseil de supervision et de proposition à caractère normatif en matière de pédagogie et d’éducation de la langue kurde dans le monde« .

Interrogé sur les difficultés d’apprentissage de la langue kurde, Rojan Hazim rappelle que « la Turquie reste le pays qui compte le plus grand nombre d’interdits relatif à la langue et à la culture kurdes et ces interdictions restent toujours en vigueur malgré les nouvelles volontés d’ouverture exprimées par le pouvoir politique. Cela a pour conséquence qu’environ 30 millions de Kurdes ne peuvent pas s’exprimer dans leur langue maternelle et éduquer leurs enfants dans leur langue maternelle. Nous voulons justement parler de cette politique d’assimilation forcée pratiquée par la Turquie envers les Kurdes. En Iran ou en Syrie également il n’existe pas de liberté d’enseignement en langue kurde mais au moins dans ces pays l’usage de la langue kurde n’est pas interdit. Le seul endroit où la langue kurde est reconnue comme une langue officielle et comme langue d’enseignement est la région autonome du Kurdistan irakien. Le problème de l’enseignement de la langue kurde ne se limite pas à ces régions lointaines puisque nous allons aussi débattre des problèmes d’enseignement au sein de la diaspora kurde dans les pays européens ou ailleurs. Les pays de l’Union européenne n’ont pas vraiment une politique linguistique spécifique à l’égard de la langue kurde mais tout est question de volonté. Actuellement, le meilleur endroit où les Kurdes peuvent vivre en paix tout en pratiquant leur langue reste le Kurdistan irakien. »

Jugeant le soutien des nationalistes flamands comme « quelque chose de normal » étant donné que « les Flamands aussi ont été victimes dans l’histoire d’une certaine politique d’assimilation linguistique de la part d’un Etat belge francophone« , Rojan Hazim remarque que « la lutte des Flamands s’est soldée par la liberté d’usage et d’enseignement de la langue flamande au sein et avec le soutien de l’appareil étatique, nous espérons aboutir à une fin aussi heureuse« .

Medeni Ferho

Medeni Ferho est un écrivain bruxellois en langue kurde

L’écrivain kurde Medeni Ferho ajoute que « la langue kurde est toujours une langue interdite en Turquie malgré l’existence de la chaîne de télévision officielle en langue kurde TRT-6 qui agit plutôt comme un outil visant à contrer la lutte légitime pour la liberté de la langue kurde. D’ailleurs la chaîne officielle en langue kurde créé par le pouvoir turc est une création illégale par rapport aux lois qui existent en Turquie. D’un côté, ils financent des programmes en kurde et d’un autre côté la justice turque condamne des journalistes pour avoir écrit en kurde, c’est complètement illogique« . Medeni Ferho rappelle que « la langue kurde se décline en 5 dialectes : le kourmandji, le zaziki, le sorani, le kelhouri et le louri. Nous travaillons pour essayer d’unir ces dialectes parce qu’actuellement les Kurdes ne sont pas que divisés territorialement en vivant dans différents Etats mais ils sont également divisés linguistiquement et n’arrivent donc pas toujours à se comprendre mutuellement. A la radio où je travaille, on diffuse les informations aussi bien en kourmandji qu’en sorani et les différences commencent petit à petit à s’estomper. Si un Conseil pouvait garantir une unité linguistique à la langue kurde, on assistera au développement d’une langue incroyablement riche. Pour vous donner un exemple, on a déjà recensé environ 90.000 mots en kourmandji, soit pour un seul dialecte, auquel on devra encore ajouter les mots des autres dialectes pour aboutir à une langue très riche et très diversifiée. L’élément le plus paradoxale dans cette affaire d’assimilation linguistique est que, parmi les différents peuples qui les entourent, les Kurdes ont le plus aidé les Turcs et c’est en Turquie qu’ils souffrent le plus en matière linguistique notamment. Ni en Iran, ni en Syrie, ni en Irak, la langue kurde n’a jamais été interdite. Malheureusement, la mentalité qui consiste à nier une identité, une culture et une langue kurdes n’a toujours pas disparu en Turquie et sans un changement et une reconnaissance formelle et juridique de cette identité, il n’y aura pas de solution au problème kurde en Turquie« .

Matthias Diependaele

Matthias Diependaele (à dr.) est député régional flamand N-VA

Le député flamand Matthias Diependaele (N-VA) précise que « le but de ce congrès est de s’intéresser à la langue kurde et à l’enseignement de la langue kurde. A partir de la Flandre, nous voulons porter un regard sur le Kurdistan afin d’abord de pouvoir se connaître mutuellement. Je rappelle que la Flandre a aussi vécu un long combat pour la reconnaissance linguistique et a dû se battre pour sauvegarder sa langue contre la francisation que nous constatons encore aujourd’hui à Bruxelles. Les situations ne sont évidemment pas identiques mais il existe certains parallélismes entre la Flandre et la situation kurde et nous avons pensé que c’était une bonne chose d’en parler et de voir quels types de solution nous pouvions s’échanger. Nous voulions aussi rappeler aux Kurdes qu’il y avait des gens en Flandre et ailleurs en Europe qui soutiennent le combat du peuple kurde en Turquie, en Iran, en Syrie et en Irak. Mais, comme je l’ai précisé dans mon discours, tout peuple a le droit de se battre pour l’autodétermination mais nous ne soutenons pas l’usage de la violence. Nous appelons donc tant le PKK que l’Etat turc à ne pas user de la violence pour résoudre ce conflit et nous les invitons à s’asseoir autour d’une table pour dialoguer. Ces derniers mois, il y a eu un certain nombre d’initiatives tant du côté turc que du côté kurde, nous soutenons évidemment ce genre d’approche« .

(PARLEMENTO – INDEPENDENT NEWS AGENCY)

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Written by Mehmet Koksal

11/11/2009 à 1:32

Publié dans Elections, Langues

7 Réponses

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  1. mettre le louri comme dialecte kurde est osé, très osé, quant au KEHLOURI connais pas. Le choix de l’écriture latine est judicieux si on se borne à voir le langue juste du point de vue linguistique (le kurde est une langue indo européenne)mais si l’on prends en compte l’environnement culturel, l’alphabet arabe (type persan) s’imposerait. Le fait que ce soit la NVA qui organise cela ne me dérange pas. Les Kurdes prennent ce qu’on leur offre, suite aux pressions des « progressistes » turcs du CDH et du PS les kurdes avaient peu de chance de trouver un soutien dans ces partis là. Quant au Ecolo ils s’en foutent et on les comprends, le kurdistan c’est loin et ces tribus ne sont pas politiquement correctes (écoutent-ils Benabar ?, sont-ils prêts à changer leur mode de vie ?)

    salman

    12/11/2009 at 8:23

  2. Le kelhuri est un dialecte du gorani notamment parlé par certains membres de la secte « Ahl-e Haqq ». Quant à savoir pourquoi il est mentionné dans cette liste, mystère. Le Luri n’est clairement pas, sur un plan strictement linguistique, une langue kurde, le zazaki non plus d’ailleurs, pas plus que le gorani.

    Quant aux affinités entre la Volksunie (et ses successeurs) et les nationalistes kurdes, elles sont connues de longue date. L’épouse de Derwish Ferho, président de l’Institut kurde, n’est autre qu’Izolda Bagirova-Ferho, qui figurait sur la liste de la N-VA aux élections européennes de juin dernier, après avoir été candidate sur celle de la Volksunie il y a dix ans.

    Les autres partis mettent des nationalistes turcs et marocains, et des sionistes juifs sur leurs listes, la N-VA met une nationaliste kurde sur la sienne et sponsorise un congrès sur la langue kurde. Quant à Ecolo, il a coorganisé un colloque avec le Hezbollah et la Ligue Arabe Européenne. Why not?

    Dieter Van Gelder

    12/11/2009 at 12:27

  3. Why not, dites-vous, monsieur Dieter Van Gelder ?

    Parce que, selon moi, la double allégeance n’est pas toujours compatible avec les principes démocratiques en vigueur en Belgique. On ne peut représenter les intérêts des Belges en soutenant des États criminels ou tortionnaires, violant les principes les plus élémentaires des Droits de l’Homme ou du droit international.

    Je pense, en effet, qu’une Frédérique Ries (MR) ou une Yamila Idrissi (SP.A), par exemple, qui ont juré, d’une manière ou d’une autre, de défendre les intérêts suprêmes de leurs mères patries, deux états étrangers aux normes constitutionnelles, lorsqu‘elles existes, diamétralement opposées aux nôtres, ne sont pas dignes de représenter les citoyen(ne)s belges dans nos assemblées démocratiques.

    Pensez-vous autrement, monsieur Dieter Van Gelder ?

    Rachid Z

    12/11/2009 at 1:31

  4. Why not le N-VA et les Kurdes, même pro-PKK, si les autres partis se permettent la même chose, Ecolo-Hezbollah, PS-Loups Gris, CDH-intégristes évangélistes subsahariens, MR-CCOJB. Il serait hypocrite de pousser des cris d’orfraie juste pour la N-VA.

    A propos du KNK, la Cour de justice des Communautés Européennes a constaté dans sa décision n°C-229/05 que

    Le Kurdistan National Congress (Congrès national du Kurdistan) (KNK) est une fédération regroupant une trentaine d-organisations. Le KNK a pour objectif de -renforcer l-unité et la coopération des Kurdes dans toutes les parties du Kurdistan et de soutenir leur combat à la lumière des intérêts supérieurs de la nation kurde- (article 7, paragraphe A, de la charte constitutive du KNK). Selon le témoignage écrit de M. S. Vanly, président du KNK, le dirigeant honoraire du PKK a été de ceux qui ont favorisé la création du KNK. Le PKK était membre du KNK et les membres individuels du PKK finançaient partiellement le KNK.

    Dieter Van Gelder

    12/11/2009 at 6:06

  5. Le problème qu’on retrouve ici ce sont les postulats que posent le nationalisme : il préexiste une nation, il faut unifier cette « nation »,…

    Or, cela donne inévitablement lieu à des raccourcis et des incohérences : est-ce que les Zazas se considèrent tous comme « Kurdes » ? Est-ce qu’ils ont envie de se faire imposer le kurmancî comme langue unique ? Pas vraiment. Est-il vrai que les utilisateurs de l’aphabet arabe rêvent d’utiliser l’alphabet latin ? Allez le demander au Kurdistan irakien.

    Les mêmes incohérences existent côté flamand : l’unité flamande passe par le néerlandais, une langue étrangère ; la diversité flamande, elle, elle continue à disparaître. D’ailleurs, certains dialects sont désignés flamands par amalgame unitaire plus que par réalité comme le limbourgeois. Si Bruxelles « se francise », c’est parce qu’on considère qu’il y a une réalité historique intangible. Le sol et la culture ne doivent faire qu’un. C’est un autre postulat suranné.

    Donc, c’est la même bétise et elle s’appelle le nationalisme. On voit que les victimes de l’unitarisme tendent à reproduire à une échelle plus petite ce qu’ils ont subi eux-mêmes. Et que pathétiquement, c’est là leur seule stratégie de défense.

    1/2KL

    17/11/2009 at 9:25

  6. @Dieter Van Gelder,

    Vous nous parlez du Kelhurî, du Lorî et du Zazakî comme si vous en aviez une connaissance parfaite de ces langues. Je suis moi-même d’origine kurde et je connais beaucoup de Zazayî, Kelhuryî (Goranî ou Hewremanî ça ne change rien, c’est la même chose, ce sont juste des noms donnés par rapport à la région où ils se trouvent tout comme le Kurmancî est également appelé Bahdanî au sud du Kurdistan). D’ailleurs le lien que vous donné se rapportent à un article de Wikipédia en turc et qui dit explicitement que le Kelhurî est une langue kurde (Oui, moi je n’appelle pas ça des dialectes kurdes, mais des langues kurdes). Les Ahl-e Haqq (Yarsanî) se reconnaissent en tant que Kurde.

    Les Lors se disent Kurdes depuis un paquet de temps, malgré le fait que l’Iran continue à faire une séparation pour ne pas que les Lors se rapprochent plus de leurs autres frères kurdes qui se trouvent plus au nord. Aller demander ça à la population là-bas… certains spécialistes des langues indo-européennes regroupent toutes ces langues dans les langues kurdes, mais d’autres, les séparent. Mais personne n’a encore expliqué pourquoi ce ne serait pas des langues liés entre elles par un seul peuple.

    Pour le Zazakî, c’est bizarre que les plus grands leaders Zazayîs se soient reconnus comme étant KURDE jusqu’en 1938 (date du génocide kurde perpétré par la Turquie, moderne, à Dêrsim), et qu’en suite par les différentes actions de l’armée turque (déportation, éducation forcée des enfants zazayîs pour en faire des bons turcs) les Zazayîs aient commencé à se définir comme étant un peuple différent et que leur pays est le Zazaistan. J’en ai même vu qui se disaient « pur turc » et que les Zazayîs étaient les vrais turcs de la Turquie. J’espère que vous liré le Dr. Şivan ou encore le Dr. Vet. Nurî Dersimî (tous les deux Zazayîs de Dêrsim) pour mieux comprendre leur position :)

    Et pour faire les rapprochements entre les différentes langues citées ici, je vous invites à faire quelque recherche. Vous remarquerez que les mots se ressemblent, la grammaire se ressemble, et qu’en somme, les différentes langues se ressemblent.

    Par contre, je n’adhère pas à l’idée d’une seule langue kurde. Les chansons en Zazakîs, avec leur accent, donnent un autre sentiment à l’écoute, tout comme les chansons Hewremanîs qui sont très rythmés, alors que les chansons Kurmancîs sont plutôt mélodieuses, calmes…

    Et par rapport à ce congrès, j’avais fait ma remarque à certains représentants du KNK vis-à-vis du choix de la N-VA, mais je crois que c’était un choix très politique. La N-VA est actuellement en position de « force », et le KNK pourrait peut-être en tirer parti.

    Armanc Rohan

    25/06/2010 at 9:50

  7. Je ne sais pas trop ce qu’il en est des langues parlées par les populations kurdes mais pour ce qui est de la langue amazigh, par exemple, parlée dans plusieurs pays arabes et notamment au Maroc où il exite de nombreuses variantes : le tarificht ou tarifit usité dans les régions bèrbères du nord du Maroc n’est pas forcément compréhensible par les populations amazighs du sud et vice versa .

    Rachid Z

    25/06/2010 at 12:16


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