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"Pourquoi n'avez-vous pas demandé à votre chouchou de demander à Ben Laden de condamner les attentats du 11 septembre ?"

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Lors de la troisième audience, ce jeudi (11/03/2010), dans le procès de la « filière afghane » d’acheminement de combattants jihadistes, le Président du tribunal correctionnel de Bruxelles (Pierre Hendrickx) a poursuivi l’instruction d’audience avec Malika El Aroud, citoyenne belgo-marocaine soupçonnée d’être à la tête d’un groupe terroriste soutenant les combattants d’Al Qaeda en Afghanistan. Confirmant avoir aidé financièrement Nizar Trabelsi et Tareq Maaroufi (deux condamnés en Belgique pour des faits de terrorisme) en transférant des petites sommes d’argent sur leur cantine en prison, Malika El Aroud confirmera également avoir fourni ces mêmes coordonnées bancaires à Jean-Christophe Trefois (ex-chauffeur de substances dangereuses pour des sociétés pétrolifères et licencié suite à son inculpation dans cette affaire) alias « Aqifila » qui enverra également une cinquantaine d’euros sur le compte de Trabelsi. Le tribunal reproche également à ce dernier d’avoir conduit un jeune français candidat jihadiste jusqu’à l’aéroport de Zaventem ainsi que d’avoir brièvement hébergé plusieurs personnes en provenance de France qui devaient participer à une manifestation contre l’extradition de Nizar Trabelsi vers les Etats-Unis.

Durant l’audience de ce jeudi, Malika El Aroud apprend de la bouche du Président Hendrickx que la commission rogatoire a montré qu’elle était interdite de séjour sur le territoire turc et qu’elle a donc bien fait se suivre le conseil de son mari Moez Garsallaoui précisant que la personne de confiance en Turquie, Muhammed El Amin Bastin, lui avait suggéré de ne pas venir en avion en Turquie au risque d’être arrêtée. Le tribunal s’attarde sur les liens entre Muhammed El Amin Bastin et une association turque des droits de l’Homme basée à Istanbul, dont le secrétaire serait un certain Ibrahim Sen (ex-détenu à Guantanamo et sans aucun lien de parenté avec un autre détenu belgo-turc de Guantanamo Mesut Sen), une association qui pourrait venir en aide « aux frères » en difficulté. Le Président rappelle que Muhammed El Amin Bastin (actuellement comparaissant comme inculpé dans ce dossier) avait déjà été arrêté en 2003 à Istanbul pour participation à des activités à caractère terroriste, qu’il avait passé plus d’un an en détention dans les prisons turcs et qu’il avait finalement été acquitté dans cette affaire.

L’enquête s’attarde sur le point de passage à Istanbul parce que début décembre 2007, Moez Garsallaoui (l’actuel mari de Malika El Aroud) y séjournait en compagnie d’autres jeunes européens désirant se rendre « dans la zone » de combat sur la frontière afghano-pakistanaise. Le 7 décembre 2007, Moez Garsallaoui quitte Istanbul pour traverser les montagnes iraniennes et rejoindre le Waziristan, les jeunes tenteront de le rejoindre plus tard. Le tribunal détaille brièvement le parcours tragique du jeune Hamza El Alami : un jeune français qui contacte Malika El Aroud pour savoir s’il doit se marier avec une jeune infirmière dénommée Samira ou s’engager dans le jihad au Waziristan. Vivant en France, il séjournera quelques temps à Molenbeek, racontera son désir d’apprendre la langue arabe classique en Egypte, partira en avion vers le Caire, rejoindra les « jeunes frères » à Istanbul pour entamer sa traversée fatale vers le Waziristan. « Il faut lire la détresse des parents du jeune Hamza El Alami qui étaient tellement inquiets pour leur fils qu’ils ont même payé, en vain, 5.000 euros à des passeurs turcs dans l’espoir de faciliter le retour de leur fils. Il faut aussi lire le désespoir du père de ce jeune garçon qui raconte une conversation téléphonique qu’il a eu avec son garçon alors qu’il était sur le point de charger la chemise de sa kalachnikov. Le papa lui demande de l’écouter et de revenir mais le jeune lui réponds : ‘écoute papa, écoute papa!’ en lui faisant écouter le bruit du chargement« , explique le juge Hendrickx.

Mi-avril 2008, Malika El Aroud s’entretient avec Abdulaziz Bastin pour lui demander des conseils de voyage ainsi qu’une aide financière. Celui-ci, par ailleurs suspecté d’un vol de cuivre appartenant à la SNCB, lui prêtera 200 euros. Dans son interrogatoire, le juge tente de démontrer le rôle central joué par Malika El Aroud dans ses rapports avec les potentiels combattants jihadistes. Tout demande d’information pour se rendre « dans la zone » passe par elle (Malika El Aroud a séjourné à Jalalabad, elle est la veuve d’Abd el-Sattar Dahman ayant participé à l’attentat-suicide contre Ahmed Chah Massoud et elle est l’auteur du livre les Soldats des Lumières), les proches des combattants restés en Europe demandent également des informations par son intermédiaire. Mais la pression devient trop forte et Malika veut quitter la Belgique pour rejoindre son mari le plus rapidement possible : « J’avais besoin de partir, je n’en pouvais plus ici après des années de harcèlement et de menaces, j’en avais marre des procès, des écoutes, des caméras en face de ma rue, des filatures. Je voulais partir, tout le monde le savait, j’avais même organisé mon départ avec la police. Je n’ai pas pu partir à cause de ma maladie, j’avais du mal à bouger, j’ai été voir un psychiatre« , explique la principale inculpée.

Interpellée à nouveau sur ses rapports avec Naïma Ahissati (ex-épouse de Nizar Trabelsi), Malika El Aroud a confirmé que « Naïma est une femme hyper dangereuse, je la connais personnellement et tous ceux qui la fréquentent doivent se tenir loin de moi. Elle n’a jamais été mon amie mais elle m’a appelé par téléphone pour me dire des choses horribles tout en sachant qu’on était sur écoute. Elle a utilisé mon téléphone fixe pour dire à des gens qu’elle voulait déposer des sacs en plastique dans le métro, en faisant semblant… juste pour les embêter. Elle répétait sans cesse que la détention de son mari Nizar allait mal finir avec une prise d’otage, alors que Nizar n’avait fait que de l’humour en prenant un maton par la jambe, elle racontait aux gardiens que j’étais bien Malika et que la prochaine fois j’allais venir avec un bazooka. Bref, monsieur le Président, vous voyez qu’on ne s’est pas disputé pour une simple histoire de jupe ou de coiffure… »

Le juge Hendrickx entamera la partie relative à l’interprétation théologique de l’interrogatoire de Malika El Aroud en lui posant des questions sur les notions de « jihad défensif et jihad offensif« , en l’interrogeant sur « le jihad offensif » mené par les premières générations après le prophète aboutissant à des conquètes militaires et territoriales, la notion de « salafisme »,… Une partie qui ne manquera pas de faire réagir les avocats de la défense Me Isa Gultaslar et Me Mehdi Abbès qui rappeleront que « la classification des notions de jihad s’est faite beaucoup plus tard » et que « l’usage de la violence n’a pas été le monopole de l’islam, il suffit de voir les croisades« . Malika El Aroud n’étant pas une théologienne, il ne sert à rien de lui demander des explications sur ces notions, estiment les avocats. Gêné, le juge changera de sujet.

Revenant sur les relations entre Moez Garsallaoui et Oussama Ben Laden, le juge pointe du doigt une conversation sur internet relatif à un « exploit » attribué par Malika El Aroud à « mon choucou » (Moez Garsallaoui) ayant permis l’évasion de 400 talibans d’une prison en Afghanistan. Elle reconnaît que son mari a eu « l’honneur de rencontrer LE cheikh » (Oussama Ben Laden) pour qui elle réaffirme sa profonde admiration telle que décrite dans son livre. Interrogée sur les attentats du 11 septembre 2001, Malika El Aroud les qualifie de « carnage« , d »actes répréhensibles« , de « meurtres horribles où des gens payent pour la bêtise humaine » et ceci n’a rien avoir avec l’islam. « N’importe qui peut accomplir un acte et se revendiquer de l’islam« , estime-t-elle. Malika El Aroud déclare ne pas croire que « Oussama » soit responsable du 11 septembre parce qu’il n’a jamais revendiqué ces attaques. Le juge interpelle la militante jihadiste : « Pourquoi vous n’avez pas demandé à votre chouchou de demander à Ben Laden de condamner les attentats du 11 septembre?« . Le juge rappellera également plus tard le colis (2 cassettes audio et 500 euros) que la veuve déclare avoir reçu de Ben Laden après l’attentat-suicide réalisé par son deuxième mari pour tuer le commandant Massoud. Réponse de l’inculpée : »je trouve ça vraiment indescent, quand je parle avec mon mari je veux savoir comment il va, s’il a besoin de quelque chose ou pas. Les autres questions ne m’intéressent pas, cela me dépasse… » L’avocat des frères Bastin Isa Gultaslar citera même un extrait du livre (p.245) du journaliste Eric Laurent (La face cachée du 11 septembre, Pocket) citant une interview d’Oussama Ben Laden datée du 28 septembre 2001 et publiée par un journal pakistanais Ummat où le leader d’Al Qaeda nie une quelconque responsabilité dans les attentats du 11 septembre 2001.

(PARLEMENTO – INDEPENDENT NEWS AGENCY)

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Written by Karim Adil

12/03/2010 à 2:57

Publié dans Religions

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